Culture & Patrimoine
en Nouvelle-Aquitaine
Numérique culturel
Retour sur

La transformation numérique d’une structure culturelle

Temps de lecture 12 minutes
Mis à jour le 28 février 2022

Comme d’autres types d’organisations, les besoins en développement des opérateurs culturels peuvent être soutenus par les potentialités d’un nouvel outillage numérique. Cette appropriation du numérique, tant dans les outils que les nouvelles pratiques qu’ils induisent, peut entraîner de réelles améliorations sur les plans de l’organisation interne, de leurs relations avec les partenaires ou de leurs publics.

De la communication à la production, de la régie technique à la médiation, le numérique peut avoir un réel effet levier si, dès l’origine de la transformation de l’opérateur, les bonnes questions sont posées : quels sont les objectifs ? Pour quels besoins ? Quelles méthodes de travail plus efficientes peuvent en découler ? Quelles sont les compétences à développer ou à rechercher ? Des interrogations auxquelles les participant·e·s de cette table-ronde ont essayé de répondre par leur retour d’expériences.

L’Abbaye aux Dames

L’Abbaye aux Dames – Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint

Au cœur de la Nouvelle-Aquitaine, la musique et l’histoire sont indéfectiblement liées. Lieu de création depuis plus de 40 ans, la redécouverte de la musique baroque à l’Abbaye aux Dames a participé à la réhabilitation du site patrimonial : des renaissances mutuelles pour un rayonnement nouveau.

Labellisée Centre Culturel de Rencontre, l’Abbaye aux Dames propose un projet culturel unique articulé autour de quatre grands objectifs :

  • accueillir et mettre en valeur le site, dans la continuité d’influence de ce lieu millénaire d’hospitalité ;
  • former et transmettre grâce à une approche simple, immédiate et décomplexée. La musique devient un véritable outil de lien social ;
  • produire et diffuser des concerts dans une quête constante d’exigence ;
  • développer l’autonomie financière par le déploiement d’activités commerciales.
Abbaye aux Dames quelques chiffres
Slide extraite de la présentation de l’Abbaye aux Dames – novembre 2019
L’Abbaye aux Dames
Du célèbre Festival de Saintes à la formation de jeunes musiciens venus du monde entier – le Jeune Orchestre de l’Abbaye –, en passant par des saisons de concerts, l’Abbaye aux Dames est « la cité musicale ».
Le projet Musicaventure

Musicaventure : le projet d’étapes en étapes

Étape 1 : constat et identification des besoins

L’Abbaye aux Dames est en cœur de ville, le lieu est traversé en permanence. C’est un lieu de passage, d’apprentissage de la musique, de visite touristique et de culte.
En 2011, l’équipe de l’Abbaye aux Dames constate que l’histoire musicale, le patrimoine immatériel de l’Abbaye, ne trouvait pas son public, n’était pas visible ou peu accessible à des néophytes. Le besoin de rééquilibrer les choses entre patrimoines bâti et immatériel s’est donc fait ressentir.

Notre enjeu en tant que CCR (centre culturel de rencontre) c’est d’être dans une écriture sensible et intelligente et en même temps de tisser les ponts pour que toutes les personnes puissent y accéder. En 2011, on a voulu réfléchir à un projet pour améliorer et augmenter les visites de ce lieu mais nous avons fait l’erreur de ne mettre que des gens de la culture autour de la table. […] On a accouché d’un pétard mouillé sur le sujet, avec des luttes intestines entre structures culturelles […] et du coup on n’a rien fait !
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint —

En 2014, en réponse à ce besoin la structure change de nom et de communication et devient « L’Abbaye aux Dames, la cité musicale ».

Or, on était cité musicale 10 jours par an pendant le festival. Pour créer ce continuum et donner une mise en valeur du patrimoine immatériel qu’est la musique il fallait absolument s’entendre avec tout l’écosystème. […] Dès que l’on souhaite valoriser un lieu en allant sur de l’innovation, il faut s’entendre avec toutes les parties prenantes du lieu sur les objectifs.
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint —

Étape 2 : méthodologie et gestion de projet

Après l’échec de 2011, l’équipe de l’Abbaye a changé de méthode. Un comité de pilotage du projet réunissant tous les secteurs qui gravitent autour de l’abbaye (tourisme, hôtellerie, clergé, culture, patrimoine, social) a été mis en place et le rôle de chef de projet a été clairement assumé par Frédéric Saint-Pol de l’Abbaye.

Frédéric Saint-Pol, forum 2019
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint de l’Abbaye aux Dames
[…] il fallait s’entendre sur les mots utilisés : certains parlaient d’usagers, de clients, de publics et on s’est entendu sur le fait qu’on était à peu près tous ces gens-là et que ce que l’on devait donner à nos visiteurs c’était une expérience interactive, dynamique, ludique et qui en même temps fait sens.
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint —

Ce comité de pilotage a produit un cahier des charges en indiquant les enjeux et le sens du projet sans cibler des technologies spécifiques.

Dans l’animation des réunions j’ai contraint les gens à ne pas s’enfermer dans leur jargon respectif et on s’est contraint à réfléchir à l’éthique, au sens du projet et à laisser ensuite la technique, la mise en forme aux personnes compétentes. On a donné des contraintes de temps, d’espace : il fallait une visite sur un format qui corresponde à un public plus jeune, plus dynamique. Le parcours en terme d’écriture fait pile-poil 52 minutes, en référence au format télévisuel.
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint —

Frédéric Saint-Pol n’a pas de compétences particulières en matière de numérique ou d’innovation. Le comité de pilotage a donc fait le choix de sélectionner des prestataires qui ont répondu au cahier des charges de façon claire et intelligible pour tous.

J’ai fait le candide par rapport à nos partenaires et surtout on a choisi des partenaires qui sont accessibles. Ils sont accessibles dans le mode de relation et d’échange et ce n’est jamais de notre faute. Le grand mal de l’informatique c’est que c’est toujours de ta faute, c’est toujours toi qui ne sais pas faire. Ça a fait partie de nos critères de sélection d’avoir des gens qui parlaient un langage intelligible par tout le comité de sélection (le curé, le directrice du centre social, nous, etc.).
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint —

Enfin, des personnes volontaires dans l’équipe de l’Abbaye ont constitué la Green Team, chargée d’interroger régulièrement les pratiques et usages des salariés de l’Abbaye et qui sert de garde-fou, notamment sur la question de la collecte et le traitement de données personnelles.

Étape 3 : le projet Musicaventure

Suite au lancement du cahier des charges, le comité de pilotage a retenu la proposition d’un projet modulaire. D’un point de vue budgétaire, le projet modulaire est intéressant car il permet d’avancer d’étape en étape et ainsi infléchir l’étape suivante au regard des résultats des étapes précédentes.
En contrepartie, il faut sans cesse réinterroger les financeurs pour lancer ou non l’étape suivante. Pour l’instant, sur un programme de 2,3 millions d’euros, seul 1 million a été dépensé et l’Abbaye doit maintenant trouver les financements pour continuer.

La particularité d’un CCR c’est qu’il participe aussi à l’attractivité touristique du territoire et il y a des acteurs du tourisme dans le comité de pilotage. Ça ne nous positionne pas uniquement comme acteur culturel et ça n’est pas évident en matière de financements et cloisonnement, notamment chez certains partenaires publics où les services sont très en silos.
Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint —
slide8-Abbaye aux dames
Slide extraite de la présentation de Frédéric Saint-Pol, directeur adjoint

Musicaventure traite cinq registres différents :

  • l’immersion avec les Voyages sonores depuis 2016 : visite narrative de l’Abbaye aux Dames avec deux scénarios possibles en son binaural 3D ;
  • la communion avec les Concerts spatialisés depuis 2016 : enregistrement de concerts en son 3D puis possibilité de les écouter toute l’année sous forme de sieste sonore (casque individuel et transat dans les jardins). Permet de sortir des murs et d’aller faire des moments décentralisés ;
  • l’amusement avec le Carrousel musical depuis 2018 : outil de sensibilisation très intéressant et booster de fréquentation incroyable. Porte d’entrée très large par rapport à la sensibilisation aux pratiques musicales et culturelles proposées par l’Abbaye ;
  • à venir, la détente, avec le Parcours d’aventure musicale qui va sortir des murs de l’Abbaye, et le savoir avec la Musicothèque.

Résultats et suites

 

Voyages sonores

  • fréquentation en augmentation constante : + 107% en 2018 ;
  • entrées payantes en augmentation: + 100% entre 2016 et 2018 ;
  • chiffre d’affaires en augmentation: + 174 %.

L’Abbaye aux Dames a été le premier site en France à faire appel à des visites sonores 3D. Elle a décidé, avec les partenaires qui étaient les prestataires au départ, de créer une société de projet pour exporter cette technologie de médiation sonore sur d’autres sites culturels et touristiques.

Concerts spatialisés

  • collection de 8 Concerts spatialisés disponibles sur les transats de l’abbaye ou dans les chambres d’hôtel pour une immersion totale ;
  • déploiement des Concerts spatialisés sur tout le territoire de la Saintonge en été 2018 grâce au développement d’une application mobile : c’est le projet Musicatransat.

Carrousel musical

  • 65 actions culturelles (ateliers, concerts adaptés, rencontres, stages, fêtes…) ont été menées sur l’année 2018 ;
  • au total 3805 personnes ont participé aux ateliers de sensibilisation (soit 800 de plus qu’en 2017).
Le Malandain Ballet Biarritz

Le Malandain Ballet Biarritz – Georges Tran du Phuoc, secrétaire général

Inauguré en septembre 1998, le Centre chorégraphique national Malandain Ballet Biarritz a vu le jour sous l’impulsion conjointe de la Ville de Biarritz et de l’État. Confié au chorégraphe Thierry Malandain, ses missions sont alors la création, la diffusion et la mise en œuvre d’actions de sensibilisation. En 1999, s’ajoute l’Accueil studio qui lui permet d’accompagner le travail artistique d’autres compagnies.

Le Malandain Ballet Biarritz est une des compagnies européennes de danse les plus en vue en France et à l’international avec 100 représentations par an pour 100 000 spectateurs et avec plus de 200 jours par an sur les routes.

slide14-Malandain_forum2019
Slide extraite de la présentation de Georges Tran du Phuoc, secrétaire général

La transformation numérique du Malandain Ballet Biarritz

Quand on s’est posé la question du digital, on s’est dit que ça devait être des outils à notre service et que nous ne devions pas en être dépendants.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Le Malandain Ballet Biarritz a alors travaillé deux volets numériques : un volet interne et un volet externe.

slide21_malandin_forum2019
Slide extraite de la présentation de Georges Tran du Phuoc, secrétaire général
Le volet externe c’est notamment tout ce qui concerne la communication […] comment on peut vendre de la danse, comment on peut aller toucher le public. En interne on s’est posé la question des outils qui pourraient améliorer notre quotidien. L’idée était d’améliorer l’efficacité opérationnelle […]. Le digital on l’a vu comme un atout pour nous, étant donné qu’on est une équipe dispersée aux quatre coins du monde (220 jours de tournées par an). Il fallait trouver un moyen de travailler ensemble malgré la distance géographique.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Le numérique comme un outil de communication

On essaye de rajeunir notre public. On s’est demandé comment être présent sur internet pour atteindre ce public-là. Investissement sur les réseaux sociaux, beaucoup de vidéos pour inciter à venir dans les théâtres.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Le Malandain avait deux besoins en termes de communication :

  • fournir des outils de communication aux théâtres qui accueillent la compagnie lors des tournées ;
  • avoir une billetterie en ligne.

La solution trouvée pour répondre au premier besoin a été de créer des vidéos d’une minute.

C’est hyper contraignant. Ça a été une douleur pour Thierry Malandain quand on lui a dit qu’on allait résumer un de ses ballets en une minute. Une minute pourquoi ? c’est pour être efficace sur Instagram.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Ces vidéos sont ensuite mises à disposition des théâtres qui ont la possibilité de rajouter des informations sur la vidéo comme les mentions légales, les dates et horaires des représentations, etc.

Résultats de la présence forte du Maladain Ballet Biarritz sur les réseaux sociaux :

Les réseaux sociaux nous permettent de mieux connaître les profils de nos publics et ce qui les intéresse, ce sur quoi ils cliquent. Ça nous a permis d’améliorer notre connaissance du public et le rajeunir.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Retombées de la billetterie en ligne : en 2015, 15% des billets était vendu en ligne contre 75% aujourd’hui.

Ça nous a permis de faire des économies. Plutôt que d’investir massivement dans de la communication sur les journaux locaux ou radios, on a basculé une partie de cet investissement sur de la communication digitale moins chère, plus efficace et qui permet de mieux mesurer notre retour sur investissement.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Le numérique comme outil de médiation

Le Malandain Ballet Biarritz a mis en place une e-mallette pédagogique qui consiste en une visite virtuelle de la Gare du Midi (siège social du théâtre) permettant d’avoir accès à des contenus pédagogiques sous différentes formes (fiches, vidéos…). Cette e-mallette est mise à disposition d’enseignants dans des écoles, collèges et conservatoires de façon à préparer l’intervention d’un médiateur du théâtre ou bien la venue des élèves au Malandain Ballet.

La création de cet outil pédagogique a nécessité plusieurs réunions en interne avec les douze intervenants qui font de la médiation. Les médiateurs du Malandain Ballet ont d’abord considéré cette mallette comme une charge de travail supplémentaire mais finalement elle offre un nouveau rapport avec l’enseignant qui a très bien accueilli l’outil. Pour cela, ça a demandé beaucoup de formation et une nouvelle façon de travailler.
Cet outil n’est pas statique mais en constante amélioration. La e-mallette est équipée d’un outil de tracking qui permet de connaître les rubriques et contenus les plus consultés de façon à améliorer l’outil au fur et à mesure.

Le numérique au service de la santé des danseurs

Le Malandain Ballet Biarritz a mis en place, il y a huit ans, un dispositif de suivi médical de prévention avec trois médecins qui suivent les danseurs au quotidien.
Le problème identifié à l’époque était la distance géographique entre les médecins et les danseurs, souvent en tournée. L’outil, développé et partagé avec d’autres ballets, permet d’agréger les données médicales des danseurs et donc d’avoir un suivi médical sur plusieurs années. Exemple : pour un danseur blessé, ça permet de voir sur deux ou trois ans si la blessure revient, si les protocoles mis en place sont efficaces…

slide28-Malandain_forum2019
Slide extraite de la présentation de Georges Tran du Phuoc, secrétaire général
Les danseurs étaient assez étonnés par la démarche au départ. On a dû les informer du fait qu’on allait récolter des données personnelles, ce qui nous a posé plusieurs questions d’ordre juridique et déontologique. On avait pas mal de résistances au début puisque les danseurs disaient « nous ne sommes pas des sportifs de haut niveau, nous sommes des artistes et nous n’avons pas besoin d’avoir ce suivi médical qui est un peu intrusif ». Surtout, dans la tête d’un danseur, un danseur qui est blessé ou qui ne va pas bien est un danseur qui ne va pas être distribué, qui ne va pas aller sur scène.
Georges Tran du Phuoc, secrétaire général —

Actuellement le Malandain Ballet explore la possibilité de partager ces données avec d’autres ballets afin d’améliorer la recherche médicale sur les blessures et les traitements des danseurs. Cependant, il subsiste des questionnements quant à la collecte de données personnelles et médicales et à la sécurisation des données, actuellement stockées sur des serveurs à l’étranger.

Le RIM

Le RIM – Éléonore Dubois, chargée de mission Musique enregistrée et Numérique

La naissance du RIM (Réseau des indépendants de la musique en Nouvelle-Aquitaine), le 19 janvier 2017, est le fruit de la fusion de trois anciens réseaux, et d’un réseau de fait d’acteurs musiques actuelles de l’ex-Limousin. Aujourd’hui, le RIM c’est dix-huit salariés, répartis sur trois sites, et cent trente adhérents de la filière musiques actuelles sur toute la Nouvelle-Aquitaine.

L’ambition partagée par ces acteurs, au sein d’un projet associatif commun, se déploie selon quatre axes stratégiques :

  • le développement artistique ;
  • le développement territorial ;
  • le développement professionnel ;
  • la co-construction des politiques publiques.

 

La philosophie du RIM sur le numérique :

Tout notre travail sur le numérique s’inscrit dans une logique durable. On veille à ce que nos pratiques soient responsables et on est dans une démarche d’amélioration continue. On a conscience de l’importance de la responsabilité sociétale des organisations et le numérique pose des questionnements éthiques.
Éléonore Dubois, chargée de mission Musique enregistrée et Numérique —

Le RIM a fait le choix du libre. Pour cela, il a choisi de travailler avec un prestataire informatique spécialisé dans le libre mais, au-delà de la technique, cela a demandé de l’accompagnement et de la formation pour l’ensemble des salariés.

slide35_RIM_forum2019
Slide extraite de la présentation d’Éléonore Dubois, chargée de mission Musique enregistrée et Numérique

Le passage au libre

Le passage au libre n’est pas évident pour tout le monde. Il est difficile de trouver les mêmes solutions ou logiciels en version identique et libre. La transition demande souvent du temps et des changements dans la façon de travailler. De plus, les acteurs des musiques actuelles ont des difficultés à trouver des professionnels du numériques avec qui dialoguer et travailler, notamment du fait des difficultés de compréhension entre le secteur culturel et le secteur numérique.

Pour répondre à cette problématique, le RIM compte une développeuse informatique dans son équipe de façon à développer des outils qui répondent aux besoins des adhérents et qui n’existent pas sur le marché.

Le RIM encourage également les acteurs à se regrouper autour de problématiques communes pour mutualiser le développement d’outils spécifiques, tels que SoTicket, un outil de billetterie en ligne proposé par des acteurs culturels réunis au sein de la Société coopérative d’intérêt collectif SoCoop.

Les craintes et l’incompréhension du numérique

Il y a un paradoxe entre les valeurs des acteurs et les freins qu’ils se mettent face au numérique qui font qu’ils ne creusent pas les conséquences de leurs choix numériques.
Éléonore Dubois, chargée de mission Musique enregistrée et Numérique —

Le RIM propose, dans le cadre de sa mission d’accompagnement collectif, une boite à outils pour un usage du numérique plus responsable, disponible sur son site.

La responsabilité sociétale dans le numérique c’est aussi d’avoir une communication responsable, des sites web plus légers et accessibles aux personnes empêchées, de faire le choix de développement ou non d’application mobiles.
Éléonore Dubois, chargée de mission Musique enregistrée et Numérique —
Culture & Patrimoine
en Nouvelle-Aquitaine
Numérique culturel
Retour sur

Enjeux et opportunités du numérique : entre rêves et réalités

adrien-ledoux-mBHuEkka5wM-unsplash
Temps de lecture 15 minutes
Mis à jour le 25 février 2022

La culture, comme tout autre secteur professionnel, vit une transition numérique plus ou moins forcée selon ses composantes (spectacle vivant, musiques actuelles, livre, cinéma et audiovisuel, etc.). Cependant, le numérique est encore difficile à appréhender et chacun se forge sa propre vision de ses potentialités, qui s’accompagne souvent d’a priori, d’idées reçues, de suppositions.
Introduction

Pour répondre à ces enjeux, la Région a donc proposé un temps d’échanges et de débats pendant lequel quelques affirmations ou questions volontairement caricaturales ont été soumises aux membres du public ; parallèlement à leurs réponses – présentées sous forme graphique au fil de ce compte rendu –, les universitaires présent·e·s ont partagé leurs analyses, expériences, travaux de recherche…

table-ronde_enjeux_numerique
Intervenants de la table ronde Enjeux et opportunités du numérique

Sur l’image ci-dessus, de gauche à droite : le modérateur, Sélim Ennjimi, co-fondateur et dirigeant de l’agence Tata Germaine, et les intervenant·e·s :

  • Charles-Alexandre Delestage, docteur en sciences de l’information et de la communication, responsable du Lab FAB®ICC, Université de Poitiers ;
  • Hélène Marie-Montagnac, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université Bordeaux-Montaigne ;
  • Monica Paredes, doctorante à l’Université Rennes 2.
Le numérique c’est avant tout…

Le numérique c’est avant tout…

le_numerique_c_est_avant_tout
Réponses du public présent dans la salle

Monica Paredes

Quand on parle de numérique, le premier réflexe est de penser « informatique », mais son périmètre est bien plus large ; on est effectivement à la fois à la croisée des infrastructures, des outils et des usages. Quand on parle de numérique, on ne se réfère pas en effet seulement à l’aspect technique mais aussi aux usages qui impactent notre environnement et notre rapport à l’espace et au temps. Plus globalement, l’utilisation du numérique change nos rapports et nos manières de penser et de comprendre le monde, et d’y être présent ici et maintenant.

Le numérique est beaucoup assimilé à la dématérialisation d’œuvres, de contenus mais également de pratiques. Une multitude de sites, de réseaux sociaux ou de plateformes invitent les usagers à être plus participatifs, à être dans un rapport où on va être contributeurs et actifs de la société et à créer de nouveaux liens. Cela dépasse de fait le côté virtuel et passif de l’usage du numérique.

Petite parenthèse : d’un point de vue étymologique, il y a une vraie particularité française quand on parle de numérique ; on se réfère au nombre (le numérique 0 – 1) alors que, dans les autres langues européennes, on parle plutôt du mot digital, qui privilégie le sens du toucher, donc de la dextérité digitale.

Le numérique est-il forcément innovant ?

Le numérique est-il forcément innovant ?

numerique_innovant
Réponses du public présent dans la salle

Hélène Marie-Montagnac

L’innovation n’est pas l’invention. On retrouve effectivement dans l’étymologie le terme de nouveau mais toutes les inventions ne deviennent pas nécessairement des innovations. Ce ne sont que les inventions qui vont trouver leur public qui vont pouvoir devenir innovations.

Certaines inventions tombent parfois dans les oubliettes, par exemple l’imprimerie qui, contrairement à ce que l’on pense, n’est pas une invention mais une innovation datant de la fin du XVe siècle. C’est en effet « seulement » une invention des Chinois mais qui n’avait pas alors trouvé son public. Cette invention ne s’était pas intégrée dans les pratiques sociales de cette époque-là et de ce fait, n’avait pas été intégrée en tant qu’innovation.

Pour aller plus loin, une innovation, si l’on reprend la définition qu’en propose Norbert Alter dans L’Innovation ordinaire, diffère de l’invention dans le sens où elle représente la mise en œuvre de cette invention et de son intégration dans un milieu social. C’est ici le processus selon lequel un corps social confronte les qualités théoriques de l’invention qui lui est proposé à la réalité et aux contingences du milieu d’où il agit. S’il se l’approprie, alors l’invention devient une innovation.

Le numérique peut permettre une innovation car il peut permettre de nouveaux processus au sein du corps social, mais pas nécessairement automatiquement.

Charles-Alexandre Delestage

Très souvent, les outils numériques peuvent transposer des outils existants dans le mode physique (par exemple, des jeux de plateau en version virtuelle) mais n’auront rien d’innovants. Des applications vendues comme innovantes sont en fait des procédés déjà utilisés en crayon papier depuis très longtemps. Il peut y avoir d’autres avancées, notamment pour le cas de la musique. Le cas du synthétiseur est assez particulier car il va changer énormément les usages. Quand on utilise un piano, on va avoir toute une architecture basée sur une table qui va faire vibrer des cordes et qui va créer un son, tandis qu’un synthétiseur va créer une fréquence ou un signal numérique qui va décrire un son qu’on va devoir traiter. Au lieu de travailler en musique acoustique sur le positionnement d’instruments ou insister sur son attaque pour avoir une plus forte vibration, on va être sur d’autres usages, d’autres modalités, d’autres possibilités.

Le numérique n’est pas de fait une innovation, mais est-il une extension d’un concept déjà utilisé par le passé ?

Hélène Marie-Montagnac

Bien souvent, ce qui est innovant ce sont le processus, les usages que l’on va développer, et non pas l’outil. Le numérique n’est pas une fin en soi, le numérique est là pour servir un projet, pour poursuivre un objectif mais ne constitue pas cet objectif lui-même. On va retrouver l’innovation dans tous les domaines notamment celui de la pédagogie ; le numérique ne sera alors qu’au service d’une pédagogie et ne peut remplacer la pédagogie elle-même.

Charles-Alexandre Delestage

Pour tout projet et de manière générale et systématique, vouloir imposer un choix technologique, avant même de penser à la finalité d’un projet, c’est un peu se tirer une balle dans le pied. L’outil ne fait pas tout : ce n’est pas parce qu’on veut utiliser du numérique pour une exposition de musée, pour un spectacle, pour de la création, que ce sera forcément mieux. Peu importe le projet, il faut vraiment se poser la question de sa finalité, du public, mais ça, quand on fait de la gestion de projet en général, on le sait. Il ne faut surtout pas chercher à imposer spécifiquement un outil ou une technologie : ce n’est pas ce qui va garantir un succès quelconque.

Le numérique dans la création

Le numérique dans la création renouvelle les esthétiques artistiques

renouvelle_esthetiques
Réponses du public présent dans la salle

L’apport du numérique dans la création, l’exemple de l’intelligence artificielle

Charles-Alexandre Delestage

On peut parler, pour cette question, de l’intelligence artificielle (IA) car il y a aujourd’hui énormément de fantasmes sur cette question. Il faut d’abord démystifier ce concept : une intelligence artificielle n’a rien d’intelligent, c’est extrêmement stupide.

Pour expliquer très simplement comment ça marche : une IA se base sur des perceptrons ; un perceptron c’est une petite boîte (un algorithme) dans lequel on met de la donnée. Cette petite boîte calcule une fonction très simple qui génère, à partir de que l’on y a mis, autre chose selon la façon dont la boîte travaille.

Toutes ces petites boîtes sont mises dans un grand réseau, et la fonction qui va organiser entre elles les boîtes va produire une structure particulière. C’est globalement le processus de deep learning. Pour que les petites boîtes fassent bien ce qu’on leur demande, on va mettre une quantité de données massive, mais des données qui sont connues. Par exemple, on va donner à notre IA des photos en lui disant que telle ou telle photo représente soit un chien soit un chat. On va mettre ces données dans une petite boîte ; le réseau va se reconfigurer de façon à pouvoir prédire que c’est bien un chien ou un chat.

Si on veut faire un parallèle avec l’être humain, il y a tout un pan de la recherche sur la construction de sens, notamment Francisco Varella avec l’énaction. Toute cette construction de sens va faire intervenir l’ensemble de nos sens et l’environnement dans lequel on vit. C’est-à-dire qu’en fonction de cet environnement, on va avoir des points de repère, des façons de qualifier l’environnement qui vont être différentes d’un environnement à l’autre. Cette construction de sens est pleinement subjective. Même si le langage nous sert de convention, quand je vous dis un chat, vous voyez ce que c’est. Pour autant quand je dis le mot chat, vous n’avez pas forcément la même représentation du chat d’un point subjectif que la mienne, mais pour autant on arrive à se comprendre. C’est une subtilité que la machine, en tout cas pour le moment avec les niveaux d’IA qu’on est capable de produire, n’est pas spécialement capable de distinguer. Même si une IA très entraînée arrive à faire la distinction entre un chat et un chien, elle ne vous expliquera jamais ce qui distingue l’un ou l’autre, parce que ce ne sont que des poids statistiques.

L’IA ne fonctionne pas autrement, c’est juste de la force brute, cela n’a rien d’intelligent. Cela dit, ce n’est pas parce que ce n’est pas intelligent qu’on ne peut pas faire des choses intéressantes avec. L’IA est un outil, la question c’est qui tient l’outil, ce que l’homme va faire avec.

Et c’est là que, dans la culture, on pourrait se saisir de l’IA.
On peut ainsi voir les applications de l’IA dans la conception de décors numériques par la société Nvidia par exemple.

Le numérique va-t-il remplacer la médiation humaine ?

Le numérique va-t-il remplacer la médiation humaine ?

remplace_l_humain
Réponses du public présent dans la salle

Monica Paredes

Le numérique est aujourd’hui un outil qui vient en complément de la médiation traditionnelle. Il faut se poser la question du pourquoi on va utiliser cet outil. On pense parfois que les digital natives sont les personnes qui s’approprient le plus facilement les outils numériques et donc qu’on remplacera naturellement la médiation humaine. Mais c’est une contre-vérité, un mythe urbain. Cela dépend surtout de comment l’outil est fait : quelle est sa valeur ajoutée ? qu’est-ce qu’il va apporter au niveau du rapport à l’œuvre et à son appropriation ?

Je me rends compte, avec les projets que j’ai suivis et les observations que j’ai faites, qu’un médiateur doit nécessairement être présent pour faire la relation avec l’outil numérique. Le médiateur aura d’autres compétences mais je ne vois pas de réels changements dans ses principales missions. Il y a par contre aujourd’hui le souci de s’interroger sur comment le médiateur s’approprie les outils. Par exemple, il y a une formation Médiation et numérique au sein de l’Université de Rennes qui s’emploie à transmettre de quelle manière on peut se saisir des usages de ces nouveaux outils mais surtout de quelle manière on peut créer un autre lien.

Le numérique permet-il d’élargir les publics ?

Le numérique permet-il d’élargir les publics ?

remplace_l_humain
Réponses du public présent dans la salle

Hélène Marie-Montagnac

La question des publics dépasse largement la question du numérique : là encore le numérique ne reste qu’un outil. S’il n’est pas au service d’un vrai projet, en tant que tel, il ne peut rien élargir du tout. Ce n’est pas parce qu’on va poser des tablettes ou mettre à disposition des outils numériques qu’un nouveau public va se ruer dans les musées ou autres structures culturelles. En revanche, il est vrai que le numérique peut être un support pertinent de médiation pour peu qu’il soit pensé pour avoir une certaine forme d’attractivité à destination de certains publics et permettre effectivement de proposer d’autres offres de médiation, d’accès aux œuvres, notamment à destination d’un public plus jeune.

Rapport à l’œuvre plus individuel ou plus partagé ?

Le numérique permet-il un rapport à l’œuvre plus individuel ou plus partagé ?

rapport_a_l_oeuvre
Réponses du public présent dans la salle

Monica Paredes

Tout dépend du projet : si c’est un projet pensé autour de la participation du public, forcément il permettra un rapport plus partagé.

Charles-Alexandre Delestage

C’est en fait une question de design d’expériences. Le numérique peut entraîner une expérience à distance avec une corporalité virtuelle et avec une possibilité de partage, ou, à l’opposé, une expérience personnalisée et individualisée, mais là, on va tomber sur la question des droits d’utilisation des données personnelles.

Hélène Marie-Montagnac

Le rapport à l’œuvre est déjà différent selon la personne. Certains d’entre nous préféreront la contemplation individuelle de l’œuvre, d’autres auront besoin d’être accompagnés par une personne avec qui discuter, exposer, commenter, etc. Donc le numérique ne change rien à cela. En réalité, le numérique peut être un outil qui effectivement permet de s’isoler et de se maintenir à distance, ou, au contraire, va permettre d’avoir un rapport pléthorique avec tout un tas de gens.

Sur le plan de la recherche, on a différents chercheurs dans les sciences de l’information et de la communication qui se sont penchés sur le sujet, et c’est vrai que les points de vue, là aussi, peuvent diverger. On va avoir un Dominique Wolton qui va parler de solitude interactive – on voit déjà l’oxymoron dans cette énonciation. On va retrouver ce postulat avec l’américaine Sherry Turkle dans son ouvrage Seuls, ensemble, qui dénonce aussi ce paradoxe mais qui n’est pas inhérent au numérique mais plutôt aux individus qui ont, à la fois besoin de rester tranquilles dans leur quant-à-soi, et besoin de communication. Donc, somme toute, le numérique ne change strictement rien à ça. Et puis, on va avoir un Antonio Casilli qui, avec Les Liaisons numériques : vers une nouvelle sociabilité ?, va mettre en avant que le numérique n’est là que pour prolonger les relations existantes, les renforcer ou au contraire les affaiblir. Finalement, une fois de plus, le numérique n’est qu’un outil et ne peut être pointé comme responsable de telle situation ou telle autre. Il ne fait qu’offrir de nouvelles possibilités ; on peut le considérer comme un amplificateur mais pas comme une révolution.

Le numérique dans ma structure c’est…

Le numérique dans ma structure c’est…

numerique_et_ma_structure
Réponses du public présent dans la salle

Quelques exemples d’appropriation du numérique au sein de projets culturels

MUSÉE DU PAPIER D’ANGOULÊME

Charles-Alexandre Delestage

J’ai travaillé sur un projet de recherche avec le Musée du Papier d’Angoulême, musée assez particulier qui se trouve dans une ancienne usine de fabrication de papier datant du XIXe siècle et qui a fermé dans les années 70. Elle est située sur le fleuve Charente, avec le parcours d’exposition principal à l’emplacement des roues à aube. Donc je vous laisse imaginer, en hiver, les conditions de visite, pas très semblables à celles d’un musée classique, mais plutôt compliquées : le bruit de l’eau, une certaine humidité, etc.

Plus d’infos sur le site du Musée du Papier d’Angoulême : https://maam.angouleme.fr.

Le public familial est un public qui intéresse énormément les musées, et notamment le Musée du Papier. Le laboratoire de recherche FAB®ICC a donc monté un partenariat et travaillé sur un cadre conceptuel sur le suivi des visites familiales interactives.

Dans l’idée, il y a deux tablettes, une pour le parent, une pour l’enfant, et chacun a son rôle. Le parent « prend la place » du médiateur culturel, il va avoir accès à toute une série d’informations – notamment des images d’archives –, et l’enfant va avoir des contenus beaucoup plus ludiques – des petits jeux, des scènes animées avec des marionnettes de papier pour avoir un effet visuel très attractif. Sur certaines parties du musée, on a apporté de la vie à des éléments d’exposition, par exemple une maquette d’un moulin à papier du XVIIe siècle. On a fait réaliser des animations en stop motion qui décrivent les différentes étapes de fabrication du papier de l’époque et qui sont intégrées dans l’application de façon très didactique pour faire comprendre, à l’enfant et aux parents qui disposent des mêmes animations, comment fonctionnait le principe du papier à l’époque. Et vu qu’ils ont à la fois la maquette devant eux, les animations et qu’ils sont amenés à partager, à échanger, à interagir ensemble autour de ce dispositif – par nature transmédia –, on a eu d’excellents retours lors de la période d’évaluation avec une quarantaine de familles vis-à-vis de ce type de médiation. Parce que le numérique n’était pas juste une extension de cartels juxtaposés l’un à côté de l’autre avec 2-3 images d’archives en plus.

Quand je vous disais que le numérique n’était pas par nature innovant : simplement, faire une application pour mettre une juxtaposition de cartels pour une visite de musée, ça n’a rien d’innovant ; tandis que proposer des contenus qui sont adaptés sur-mesure au parcours du musée, là il y a nécessairement une valeur ajoutée. D’autant plus si ces contenus sont interactifs d’un point de vue individuel mais aussi du point de vue de la famille et qu’ils permettent le « faire-famille » : en cela, le numérique, vu qu’il coordonne tous ces espaces-là, donne une réelle plus-value.

QUEL EST L’IMPACT GENERE PAR CET OUTIL DANS LE RAPPORT A L’OBJET OBSERVE ?

Charles-Alexandre Delestage

Par rapport au Musée du Papier d’Angoulême, dans le cadre de l’étude, on suivait les personnes qui visitaient le musée avec la tablette. Il y a une grille d’évaluation pour voir s’il y a de la communication verbale / non-verbale, regarder les comportements pour savoir si l’enfant n’avait pas les yeux rivés sur la tablette sans regarder autour de lui – ça n’a globalement pas été le cas. Après, cette étude ne reste qu’un exemple. Les exemples ne sont jamais bons à généraliser.

Donc, je ne vais pas garantir que le numérique permet de mieux regarder le musée. Il y a toujours le risque de voir l’attention complète d’un spectateur portée plus sur l’objet numérique que sur l’objet à observer. Tout dépend de la façon dont le dispositif numérique s’intègre dans la visite du musée. Cet exemple de type de médiation a été transposé en cadre conceptuel mais ça ne garantit évidemment pas les mêmes résultats, tout dépend de la mise en projet.

Hélène Marie-Montagnac

Pour répondre à la question de l’attention, il semble qu’en réalité cela ait peu à voir avec les musées ou autres structures culturelles, mais que nous sommes tous dotés de smartphones : ce que nous constatons, par exemple dans des concerts, c’est que certains publics peuvent d’abord se préoccuper de filmer ou de photographier, et d’être du coup bien davantage en interaction au travers de cet outil – un outil qui constitue sans doute un obstacle à une relation émotionnelle directe à l’objet pour lequel ils sont venus, que ce soit dans un musée, dans un concert ou autre.
Cette question de la médiation se pose pour les outils qui sont mis à disposition, mais en dehors même de ces outils, nous avons tout un chacun instauré notre propre écran et là, le terme prend tout son sens par rapport à ce que nous vivons autour de nous.

Charles-Alexandre Delestage

C’est vraiment une question d’usages, et il y a tout un pan de la recherche qui se développe en ce moment autour du design d’expérience. Même si on prévoit que la personne passe à tel endroit du musée avec telle interaction avec un outil numérique, une installation lumineuse… la personne fera de toute façon ce qu’elle veut.
On ne peut pas la diriger et c’est peut-être pas plus mal non plus. Si cette personne considère que passer un moment dans le musée rivée sur une tablette lui donne plus de plaisir que de prendre du temps à regarder les œuvres, c’est son choix. Et ça ne présuppose pas forcément que passer trop de temps sur son téléphone implique une mauvaise expérience.

Monica Paredes

Le rapport est différent quand on utilise un outil numérique car on crée un autre lien que celui que le médiateur a l’habitude de créer, parce qu’il y a une appropriation de l’œuvre différente de celle qu’on a l’habitude de voir. Il faut changer la manière de penser la création de la relation pour apprécier différemment l’œuvre.

L’ODYSSEE DE PENELOPE

Monica Paredes

J’ai pu travailler sur l’étude du dispositif transmédia sur l’Odyssée de Pénélope, un dispositif inventif et précurseur qui accompagne Le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi. Ce projet a utilisé une nouvelle forme de narration qui a utilisé différents médias pour développer un univers ou raconter une histoire. De par leur spécificité d’usage et leur technologie, chaque support employé (site web, mobile, tablette, jeu vidéo, etc.) a développé un contenu narratif différent, offrant au public un regard nouveau et complémentaire sur l’histoire.

Plus d’infos ici :

Ce projet a été perçu comme très intéressant par les étudiants qui ont porté le dispositif, parce qu’ils se sont approprié l’œuvre avec une interprétation très différente du champ classique. Ils se sont rendus compte que cet opéra, qui est une pièce contemporaine, n’avait pas le côté suranné de l’opéra. Ils ont eu ensuite la sensation de ne pas avoir eu assez d’interactions avec les publics et se sentaient assez isolés dans le portage de la médiation, leur travail étant plus lié pour eux à de la communication qu’à de la médiation. Par ailleurs, il n’y a pas eu de différenciation entre ces deux axes sur ce projet parce qu’ils souhaitaient une interaction au-delà des groupes qui y participaient – 120 étudiants –, mais cette interaction n’a pas émergé avec d’autres groupes de publics.

Un problème a été également soulevé sur le manque d’interaction sur ce projet entre les équipes de la structure culturelle, sur l’absence de partage de compétences entre médiateurs et chargés de communication autour de l’aspect novateur de ce projet. Il est important de se fixer des objectifs et de prévoir quel type de relation vous voulez créer en interne et avec les publics.

Charles-Alexandre Delestage

Ce qu’il y a de compliqué dans un projet numérique culturel, c’est de faire se parler des domaines qui, par nature, ne se parlent pas beaucoup, par exemple des musées spécialisés en médiation et des studios de création de contenus créatifs et de communication graphique. Tout l’enjeu est de partir de sémantiques différentes pour faire un langage commun.

Autre élément, avec le numérique, il ne faut pas se poser de barrières ni se poser la question si ça existe ou pas. Quand on passe à la conception du projet, on voit s’il y a des verrous technologiques ou pas, et s’il y en a, on attend deux ans et il n’y en a plus.

Culture & Patrimoine
en Nouvelle-Aquitaine
Numérique culturel
Retour sur

Forum Entreprendre dans la Culture en Nouvelle-Aquitaine

photo_by_headway_on_unsplash_2
Mis à jour le 25 février 2022

Depuis 2019, la Région propose des temps sur des sujets numériques culturels au sein de la programmation du Forum Entreprendre dans la Culture en Nouvelle-Aquitaine porté par l'A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine.

Cet article vous propose de découvrir les restitutions de ces temps d’échanges et de débats ainsi que des ressources en lien.

Culture & Patrimoine
en Nouvelle-Aquitaine
Numérique culturel
Retour sur

Retours d’expérience du Diagnostic de maturité numérique

photo_by_scott_graham_on_unsplash_bleu
Temps de lecture 4 minutes
Mis à jour le 04 mars 2022

Le 23 novembre 2021, dans le cadre du Forum Entreprendre dans la Culture en Nouvelle-Aquitaine, la Région Nouvelle-Aquitaine a convié trois opérateurs culturels qui ont bénéficié d'un dispositif régional d'accompagnement à la transformation numérique de leur structure.
Ce partage d'expérience a permis de présenter le Diagnostic de maturité numérique, dispositif porté par la Région Nouvelle-Aquitaine, ainsi que l'Appui-conseil à la transformation digitale proposé par l'AFDAS.
Le diagnostic de maturité numérique

Le diagnostic de maturité numérique

Le dispositif consiste en un accompagnement de 2 jours en entreprise. Digitall Conseil, prestataire mandaté par la Région Nouvelle-Aquitaine, réalise un diagnostic de la maturité numérique de l’entreprise, en se basant sur le numérique comme levier au service de la stratégie globale.
Il s’agit à travers ce dispositif, d’identifier les forces et faiblesses de l’organisation ainsi que les opportunités et menaces de son environnement pour entreprendre une démarche de transformation digitale ; de définir, structurer et prioriser les plans d’actions de transformation digitale et allouer les ressources stratégiques nécessaires aux ambitions du projet, en identifiant les ressources internes ou externes indispensables à la réussite du projet.

diag

Le Diagnostic de maturité numérique – mode d’emploi
Le saviez-vous ?

Initié par le ministère de la Culture en 2015, le Forum Entreprendre dans la culture,
et ses nombreuses déclinaisons régionales, est devenu un événement incontournable de promotion et de valorisation de toutes les formes d’initiatives dans les arts et la culture.

Depuis 2018, L’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine organise sur le territoire néo-aquitain la déclinaison régionale de l’événement national. L’édition 2021 a eu lieu à Limoges les 22 et 23 novembre.


Les bénéficiaires

Liste des bénéficiaires dans le secteur culturel

Cité internationale de la Bande dessinée et de l’image, Angoulême (16)

La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image est un établissement public de coopération culturelle (EPCC) à caractère industriel et commercial (EPIC), créé, administré et financé par le Département de la Charente, l’Etat (ministère de la Culture et de la Communication), la Ville d’Angoulême et la Région Nouvelle-Aquitaine.
Cet établissement de renommée internationale est réparti sur trois sites : la Maison des auteurs, sur les remparts de la ville d’Angoulême, le vaisseau Mœbius en contrebas au bord de la Charente, et le musée de la bande dessinée, dans les chais situés sur l’autre rive et reliés au vaisseau Mœbius par une passerelle qui enjambe le fleuve.
La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image constitue le volet culturel du dispositif déployé en Charente pour la conservation, la diffusion, l’étude, la promotion et l’aide à la création en matière de bande dessinée et d’image.

Les Francophonies, des écritures à la scène, Limoges (87)

Espace de découvertes, de naissance d’artistes en devenir, foisonnement de pensées multiples, de représentations théâtrales (qui reste la thématique forte), danse, musique, cirque, arts de la rue, cinéma documentaire, expositions, auxquels viennent s’ajouter l’accompagnement d’autrices et d’auteurs sur les chemins des écritures, des formations internationales aux métiers de la scène, un laboratoire d’idées, une place publique dédiée aux échanges entre spectateurs et artistes : Les Francophonies – Des écritures à la scène sont tout cela à la fois.

Le Sans Réserve, Périgueux (24)

Le Sans Réserve est une SMAC de 500 places debout dévolue aux musiques amplifiées. C’est l’association « Sans Réserve » créée le 30 Avril 2002 qui assure à titre exclusif la gestion de cet équipement par convention avec la Ville de Périgueux, propriétaire des lieux.
Les actions reposent sur un projet artistique et culturel qui se décline autour des missions suivantes :

  • Diffusion (grande salle / club / hors-les-murs)
  • Aide au développement des pratiques en amateur (répétitions, accompagnements, résidences, formations,…)
  • Action culturelle (établissements scolaires, structures socio-culturelles et spécialisées,…)
  • Création

L’Odyssée, Périgueux (24)

L’Odyssée est l’association en charge de la programmation de la saison culturelle du Théâtre de Périgueux et du festival Mimos. Elle est soutenue financièrement par la Ville de Périgueux, la DRAC Nouvelle-Aquitaine, le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine, le Conseil Départemental de la Dordogne, le Grand Périgueux et des mécènes privés.
L’Odyssée a pour missions principales la mise en place d’une saison artistique pluridisciplinaire dans ses deux lieux de représentations – Le Théâtre (832 places) et Le Palace (207 places) – et le soutien à la création, la mise en place d’actions culturelles et de médiation, l’organisation du festival Mimos et la gestion du Centre Ressources So Mim.
Depuis 2001, L’Odyssée est labellisée par le ministère de la Culture, depuis 2017, elle porte l’appellation de Scène conventionnée d’intérêt national « Art et Création ».

Théâtre de Thouars, Thouars (79)

Le Théâtre de Thouars, géré par l’association S’il vous plaît, bénéficie du label Scène Conventionnée d’Intérêt National mention « art et création ». Ce label est attribué au vu d’un projet artistique spécifique porté par la direction de la structure et s’inscrivant dans le cahier des charges des Scènes Conventionnées d’Intérêt National.
L’association propose une programmation pluridisciplinaire autour de la création contemporaine, avec une attention particulière à l’émergence artistique et au jeune public.
Elle affirme une politique de soutien à la création et à l’accompagnement des équipes artistiques, notamment des équipes régionales, en favorisant leur présence sur le territoire.
Elle développe un programme conséquent d’éducation artistique et culturelle en direction de toutes les populations, en particulier les jeunes et les publics dits éloignés de l’offre culturelle, et soutient le développement de la pratique artistique amateur
Elle s’attache à favoriser les dynamiques partenariales locales et s’inscrit dans les réseaux régionaux et nationaux de diffusion et de création artistique.

Les points communs

Points communs des différents diagnostics réalisés dans le secteur culturel

bilan_diag
Autre dispositif
Autre dispositif

L’Appui-conseil à la transformation digitale est un dispositif financé par l’AFDAS. Il propose une liste de cabinets pré-sélectionnés, des consultants experts du sujet et dans l’accompagnement des TPE-PME engagés à vous apporter appui, conseils et outils pratiques dans votre quotidien pour vous proposer une solution conçue pour vous et sur mesure.


Culture &
Patrimoine
En Nouvelle-Aquitaine
Pour une meilleure expérience,
veuillez tourner votre tablette.